Les légendes du Rallye : Groupe B, Groupe A, WRC et ’70s !

Last updated on 28 mai 2025

De la Renault R8 des ’60s à la Citröen C4 WRC de Loeb, en passant par la Lancia Stratos des ’70s, les Groupe B des ’80s ou la Toyota Celica de ’97, les Légendes du Rallye s’exposaient au Musée National de l’Automobile de Mulhouse pour retracer plus de 50 ans de rallyes dans un écrin à la hauteur des icônes présentées !

C’est ma première visite au Musée National de l’Automobile de Mulhouse à la découverte de la célèbre « Collection Schlumpf ». Les visiteurs sont accueillis par une Bugatti et une Ferrari de Formule 1 tandis qu’un film évoque l’histoire et le contexte de la création du musée. Toutefois, ma principale priorité du moment est toute autre. Mais où est donc cette exposition « Les légendes du rallye » qui ferme ses portes ce soir et pour laquelle je suis spécialement venu ?!

Toyota Celica WRC, ma Star à moi !

Je traverse donc tout le hall principal au pas de course sans vraiment prêter attention aux beautés qui m’entourent pour rejoindre la salle des expos au fond du musée. Je m’assure de n’avoir pas semé mon beau-père qui m’accompagne, je m’excuse d’avance de ne pas passer plus de temps avec lui et … je fonce vers mon objectif du jour : la Toyota Celica ST205 WRC !

Elle est là, devant moi, enfin !

Pourquoi est-ce que j’adore tellement cette voiture ? A vrai dire, ce n’est même pas clair pour moi ! J’aime énormément sa bouille de grenouille avec ces 4 phares ronds, son énorme aileron et surtout cette déco Castrol qui me rappelle une autre de mes idoles, la Toyota Supra JGTC. Quoiqu’il en soit, la mise en scène sobre, épurée, élégante de l’expo m’offre des conditions idéales pour cette première rencontre !

Le public ? Quel public ? Des conditions idéales je vous dis !

Mission accomplie, la tension retombe légèrement et je peux désormais profiter plus sereinement de l’ensemble de l’exposition. Retour à la case départ !

Audi / Peugeot, mythique duel du Gr.B !

Deux des plus célèbres voitures de rallye sont disposées à l’entrée de cette exposition « Les Légendes du Rallye » : l’Audi Quattro et la Peugeot 205 Turbo 16. Commençons par l’Audi Quattro Sport de ’84 accompagnée de son camion d’assistance. Avec ses quatre roues motrices, elle révolutionne le monde du rallye en ’81 en définissant une nouvelle référence dans la discipline. Le modèle présenté est l’exemplaire piloté par Michèle Mouton – vice championne du monde ’82 – lors du Rallye de l’Acropole ’84. La marraine de l’exposition s’est confiée à L’Argus dans une interview des plus intéressante (à voir ici).

Titre constructeur en ’82 et ’84, Titre pilote en ’83 et ’84, beau palmarès pour la Quattro !

Côté ambiance sonore, nous sommes gâtés avec une vidéo des exploits en spéciale de la Quattro diffusée en arrière plan. Bruit rauque caractéristique du 5 cylindres, nombreux « pschiiit » de la soupape de décharge du turbo au lever de pied, multiples sauts et longues dérives… on est bien dans l’ambiance du Gr.B des ’80s!

On devine le moteur en porte à faux avant avec ce long « nez »

La Peugeot 205 T16 à ses côtés fut elle aussi pilotée par la championne française alors passée chez le constructeur sochalien. Elle prit le départ à son volant lors du Rallye Monte Carlo ’86 et fut titrée Championne d’Allemagne cette année là.

Au Monte Carlo, la 205 T16 faisait parler la poudre des cols alpins jusqu’au port de la principauté

La Peugeot 205 T16 – Evo1 puis Evo2 – succéda à Audi au palmarès en remportant les titres pilotes et constructeurs en ’85 et ’86, année qui sonna la fin des Gr.B jugées trop dangereuses. Moins puissante que l’Audi Quattro mais plus légère et plus agile, elle s’est révélée être la plus polyvalente du plateau, à l’aise sur toutes les surfaces !

205 bodybuildée certes, l’Evo1 n’est pas si impressionnante finalement. A l’arrêt tout du moins !

Si j’aurais aimé voir leurs évolutions ultimes les plus bestiales – respectivement Quattro S1 E2 et 205 T16 Evo 2 – l’exposition d’exemplaires originaux ayant un lien direct avec Michèle Mouton justifie parfaitement le choix des équipes du musée. 👌

Le rallye des ’60s

Après ce duo de choc, la vingtaine de modèles exposés est présentée de manière chronologique. Dans les ’60s, les rallyes étaient des épreuves de longue haleine, sur 4/5 jours avec des centaines de kilomètres de spéciales. Les montures étaient des voitures – sportives parfois – de série ou presque avec seulement quelques équipements de sécurité et des numéros sur les portières. De vraies aventures automobiles !

3 Monte Carlo pour la Mini Cooper, 3 Tour de Corse pour la R8 Gordini, match nul !

Moins connue du grand public, la placide Peugeot 404 était pour sa part la reine des rallyes africains

La grande histoire de Lancia en Rallye commence avec la Fulvia HF !

Gr.2 et Gr.4 dans les ’70s

A partir des ’70s ça commence à dégénérer. Les préparations basées sur de vraies sportives, Porsche 911 et Alpine A110 en tête, font bondir les performances des voitures de rallyes !

Propulsion, voies élargies et moteur optimisé, l’Opel Ascona est typique de la recette gagnante des ’70s.

L’ Alpine A110 a pris du muscle au fil de sa carrière mais garde le tempérament de ballerine qui a fait sa légende !

La Renault 5 Alpine Gr.2 remplace la Berlinette en ’77. La « planche à roulette » s’offrira de belles places d’honneur avec Jean Ragnotti et Guy Fréquelin. La légende R5 est en marche !

Gabarit diamétralement opposé pour la puissante et robuste Mercedes 450 SLC parfaitement adapté aux rallyes africains avec 2 victoires en mondial – Bandama ’79 et ’80.

Lancia Stratos, née pour gagner !

Mais comment évoquer les stars du rallye dans les ’70s sans parler de la Lancia Stratos. Conçue dès le départ comme une voiture de course dont on adaptera une version civile pour l’homologation, elle redéfinit de nouveaux standards dans la discipline. V6 Ferrari à la mélodie envoutante, design unique, elle offrira 3 titres de champions du monde à Lancia en ’75, ’76 et ’77 !!

Un design en coin tellement typique des ’70s !

La Lancia Stratos étant l’une des voitures préférées de mon père, c’est par elle que j’ai commencé à m’intéresser aux anciennes. J’ai vu ma première Lancia Stratos lors du Tour Auto ’07, sur le parc fermé du Circuit de Charade. De belles émotions qui me pousseront à inclure de nombreux événements historiques dans mon agenda d’aventures automobiles au fil des ans !

Indissociable de sa livrée « Alitalia », la Stratos est une icône !

Les ’80s et la folie du Gr. B !

Groupe B. L’évocation de cette catégorie des reines du rallye fait frémir n’importe quel passionné. La fureur mécanique, l’enthousiasme débordant des spectateurs s’écartant in extremis au passage des voitures, le spectacle offert par des pilotes acrobates domptant des autos monstrueuses, autant d’ingrédients qui ont fait la légende de cette période ’83 – ’86. Pourtant, au départ, les Groupe B n’étaient que de « simples » évolutions des Gr.2 et Gr.4 des ’70s.

Timide évolution de la version Gr.4, la Nissan 240 RS Gr.B souffrira de la comparaison avec ses concurrentes, s’illustrant néanmoins en Afrique. Exemplaire original du Safari Rallye ’83.

L’ Opel Ascona 400 Gr.4 sera la monture du titre de Walter Rhörl en ’82. Son évolution Gr. B remportera le Safari Rallye ’83 avant d’être remplacée par la Manta Gr.B courant ’83. Exemplaire original du Monte Carlo ’83.

2 roues motrices, moteur atmo, la Porsche 911 est en retrait techniquement. Elle gardera pour elle la mélodie unique de son Flat6 !

La version Gr.B de la R5 Turbo est nommée « Tour de Corse », hommages à la victoire sur l’ile de beauté en ’82.

Cet arrière train ultra large a contribué à faire de la R5 Turbo une icône. Au point que Renault décide de lui offrir une incroyable descendance électrique en 2026 ! La légende continue…

La réglementation du Groupe B offrait plus de liberté technique aux constructeurs : moins d’exemplaires d’homologation à produire, 4 roues motrices, matériaux composites… Si les précédents modèles présentés adoptaient une approche conservatrice, d’autres constructeurs ont exploité le règlement jusqu’à l’extrême en développant de véritables monstres : surpuissantes, légères mais aussi fragiles et « dangereuses » puisque cette période sera marquée par des tragédies impliquant même les champions les plus doués.

Turbo + Compresseur, 4 roues motrices, moteur central, la Lancia Delta S4 possédait de nombreux atouts qui en firent la principale rivale de la 205 T16 en ’85 et ’86.

Cet exemplaire remporta le RAC Rallye ’85 aux mains de Henri Toïvonen. Le finlandais et son copilote trouveront la mort suite à une sortie de route lors du Tour de Corse ’86. Un accident tragique qui précipita l’arrêt du Groupe B à la fin de la saison.

A la bestialité et l’exubérance des ténors de l’époque, la Ford RS200 oppose un style des plus élégants.

Apparu en ’86, dernière année du Gr.B, elle n’eut pas le temps de faire ses preuves et dû se contenter d’un unique podium en Suède.

Ajouté à l’Audi Quattro Sport et la Peugeot 205 T16 Evo1 déjà évoquées, cette exposition est un véritable hommage au Groupe B dans toute sa diversité ! Dans un autre registre, cela me rappelle ma visite au Manoir de l’automobile de Lohéac, refuge de nombreuses Groupe B durant 25 ans (lire mon article).

Renault 5 GT Turbo, Championne du monde !

En ’89, le pilote français Alain Oreille va réaliser un exploit encore unique en 2025. Cette année là, au volant de sa modeste Renault 5 GT Turbo Gr.N – catégorie dédiée aux voitures proches de la série, il va remporter la victoire au général du Rallye du Bandama en Côte d’Ivoire. Au terme d’une course très intelligente, il évita les pièges d’une épreuve ultra exigeante – 7 voitures à l’arrivée, 53 abandons ! – et s’imposer face aux Gr.A plus puissantes et équipées de 4 roues motrices (détails à lire ici). L’exemplaire exposé est précisément celui utilisé lors de cette course historique !

Alors que la mythique Renault 5 Turbo due se contenter de quelques victoires, la Super 5 GT Turbo permit à Alain Oreille de s’offrir 2 titres de Champion du Monde Gr.N en ’89 et ’90 !

Le Gr. A des ’90s, retour à la raison !

Après l’interdiction des Gr.B fin ’86, les « petites » Gr.A deviennent, de facto, la catégorie reine jusqu’à fin ’97. Pour les pilotes et les spectateurs, c’est un peu la douche froide avec des voitures proches de la série, plus lourdes et moins puissantes. Les Lancia Delta Intégrale font la loi sur les premières années avec 6 titres constructeurs consécutifs en ’87 et ’92. A mon plus grand bonheur, cette exposition met en lumière deux de mes modèles préférés ayant animé la fin de cette période, précisément quand je commence à m’intéresser au rallye !

La Ford RS Cosworth c’est surtout cet incroyable double aileron arrière !

C’est aussi cette livrée historique rappelant les grandes heures de François Delecour, victorieux en Catalogne ’93 avec cet exemplaire !

La Celica défraya la chronique en ’95 : l’équipe officielle Toyota est exclue du championnat pour triche avérée sur la bride de turbo – et donc la puissance moteur !

Elle ne sera alors engagée que par des structures privées. Cet exemplaire couru au Rallye d’Australie ’97 aux mains du belge Freddy Loix, 7ème.

Sébastien Loeb, l’enfant du pays !

Une expo sur le thème du rallye, en Alsace, ne pouvait se conclure qu’ avec une ancienne voiture de Sébastien Loeb ! L’enfant du pays, plus beau palmarès du rallye mondial – 9 titres, 80 victoires – ne laissa que des miettes à ses adversaires durant près d’une décennie au volant des Citroën Xsara, C4 puis DS3 WRC ! Avec son concours, le Rallye de France se déroula même en Alsace de 2010 à 2014.

5 rallyes, 5 victoires dont l’Alsace 2010, exceptionnel palmarès pour cet exemplaire de Citroën C4 WRC !

Les vidéos dynamisent véritablement la visite et permettent d’apprécier le talent de ces pilotes de génie !

Une fabuleuse expo !

Au sortir de cette exposition, je suis heureux, ému même ! Le choix des modèles – dans leurs livrées les plus emblématiques et avec certains exemplaires originaux – ainsi que la mise en scène particulièrement soignée nous offrent un merveilleux voyage à la découverte d’un demi-siècle de rallye. Ça donne envie d’aller voir les démonstrations organisées par Slowly Sideways France – qui a aussi collaboré à cette exposition – pour retrouver ces icônes dans leur environnement naturel lors de l’Alsace Rallye Festival qui se déroulera fin Aout ! Juste une pointe de regret de ne pas avoir pris le temps de mieux apprécier les vidéos, photos, affiches et autres objets afin de prolonger l’immersion. J’ai préféré m’appliquer à réaliser de belles photos, j’assume !

Et puis j’ai enfin rencontré ma Celica adorée après tant d’années à en rêver !

Alors que j’ai lâchement abandonné ma compagne et mes enfants lors de notre premier jour de vacances, à cet instant précis je ne pense qu’à la suite de cette journée dédiée à ma passion automobile. Prochaine étape : la visite du reste du musée et de l’exceptionnelle Collection Schlumpf.

Sources : Rallyes Magazine, Hors séries - Les légendes du Rallye, Spécial Groupe B, Spécial Groupe 4, Spécial années 70.

@ bientôt pour de nouvelles Aventures Automobiles !


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6 Comments

  1. The Maxque.
    26 mars 2025
    Reply

    Plein les yeux ! Magnifique mise en valeur de ces fabuleuses « voitures » de rallye.

    • Sylvain
      26 mars 2025
      Reply

      Voilà, tout simplement ! 😉

  2. Michel Ovidey
    26 mars 2025
    Reply

    belle expo et belle mis en valeur de ces joyaux !

    • Sylvain
      26 mars 2025
      Reply

      J’aurais beaucoup aimé une BX4TC Evolution dans ce décor afin de pouvoir magnifier cette « baleine blanche » ! 😉

  3. casimir
    26 mars 2025
    Reply

    Superbe exposition, très bon article et toutes les photos sont à l’unisson. Impossible d’en choisir une plus qu’une autre, l’homogénéité de la qualité, de la lumière, des cadrages …seul l’attachement ou le look d’une de ces reines de Rallye fait la différence. Stratos pour moi. Et merci à toi

    • Sylvain
      27 mars 2025
      Reply

      Merci beaucoup ! 🙏 Ravi d’avoir pu transmettre ce beau moment au travers de l’article et des photos. Et en choisissant la Stratos tu ne peux pas te tromper ! 😅

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