J’ai roulé en Renault 21 Turbo EuropaCup !

Last updated on 1 décembre 2020

Nous sommes Dimanche au Mornay Festival ’20. Je reviens trempé et frigorifié de la balade touristique du matin qui faisait le tour de la Creuse. C’est pas l’hiver mais ça y ressemble quand même beaucoup ! Arrivé sur le circuit, je me mets en quête de l’une de mes stars du Week-end : la R21 Turbo Europa Cup !

Le festival ayant débuté le samedi, j’étais attentif toute la journées aux différentes publications postées sur les réseaux sociaux. Dans la soirée, un album photo plutôt fourni confirme la présence de ce que je pensais être une R21 Superproduction comme l’année passée (voir l’article sur AutomotivPress). Sauf que celle-ci a une livrée jaune/noire encore plus emblématique. Ni une ni deux, je mets le casque dans la voiture en prévision du lendemain. On ne sait jamais, s’il y a besoin d’un contrepoids dans le baquet de droite … 

Renault Maxi 5 Turbo / R21 Turbo Superproduction, 2 des pépites amenées par Renault Classic l’an dernier. © Remy Solnon

Tout vient à point …

J’arrive donc en fin de matinée après avoir suivi la balade et je l’aperçois, garée à côté de son camion d’assistance sur la piste de karting. J’envisage d’aller voir ça de plus près quand j’apprends qu’une des F1 Renault va prendre la piste. Une RS10 de ’79 pilotée par Pierre Petit, le directeur du circuit et ex-champion de France F3. En plus elle sera accompagnée d’une authentique Peugeot 205 T16 Evo2 … bref, ma belle R21 doit attendre encore un peu.

Magnifique vue sur ce moteur Turbo si novateur – et fragile – à l’époque. C’est pourtant bien cette RS10 qui offrit sa première victoire à Renault en ’79, à Dijon, aux mains de J-P Jabouille.
Voir une véritable 205 T16 Evo2 – ici Ex Kankkunen ’86 – est une vraie chance. Alors si en plus elle est bien menée par son pilote, c’est juste délicieux !

 C’est maintenant l’heure de la parade. Tous les participants sont invités à prendre la piste à allure réduite. Quand j’entends dans le talkie walkie d’un commissaire qu’il est possible de s’approcher pour saluer les pilotes, je ne me fais pas prier ! Au milieu de toutes ces voitures de série, récentes et anciennes, ces couleurs jaunes et noires ne passent pas inaperçues !

A genoux dans l’herbe et avec mon gilet jaune, moi non plus je ne suis pas très discret !

Parade oblige, la notion de trajectoire n’est plus d’actualité !

Ça y est, la matinée est finie, je repars à la recherche de ma belle R21. Mais où est-elle ? Le bougre l’avait changé de place !! Enfin, le circuit de karting qui sert de paddock n’est pas bien grand et je la retrouve sans peine. J’improvise alors un petit shooting photo m’obligeant à adopter certaines postures plutôt … peu conventionnelles. C’est sûr, mon prochain appareil photo aura un écran orientable !

A cette époque, ce sont les berlines – Alfa 155, BMW Serie 3, Peugeot 405 … – qui officiaient en Supertourisme.

L’auto garde quelques stigmates de son passé en course et après tout, ce n’est pas si gênant. Quel plaisir de voir ce type de voitures en piste plutôt qu’ enfermées dans un musée ou un garage. Et puis de toute façon, les couleurs mythiques font largement illusion pour les spectateurs.

Le dessin inhabituel des jantes est nécessaire pour laisser passer les gros étriers de frein.

Au bout de quelques minutes, fatalement, ça interroge le pilote qui s’approche pour échanger quelques mots et m’ouvrir la portière que je puisse regarder l’intérieur. J’apprends donc qu’il s’agit bien d’une voiture authentique, une des 52 Renault 21 Turbo EuropaCup. « 300ch / 1000 kg, c’était le cahier des charges pour remplacer l’Alpine GTA dans ce championnat Européen. Certaines courses se disputaient en ouverture des GP de F1, comme à Monaco par exemple ». Lucas, le pilote, n’est pas avare en information. D’ailleurs, il me corrige quand je parle de Superproduction. « Non non, ce sont 2 autos différentes. La Superproduction fait 480 ch et 4 roues motrices, l’Europa Cup reste une simple traction et courrait dans un championnat dédié ! » Et quand je lui demande comment on en arrive à acheter une R21 de course, c’est finalement assez logique. « Ben on avait déjà plusieurs R21 Turbo de route, et puis l’opportunité d’une EuropaCup s’est présentée alors on n’a pas hésité avec mon père. D’ailleurs, on en a acheté une seconde, verte, engagée par une équipe allemande à l’époque. » C’est alors qu’il prononce cette phrase magique : «  Si tu veux, je t’emmène faire un tour cet aprem !! » « OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !

Ce n’est pas un effet d’optique, les roues avants – 17 pouces – sont plus grandes qu’à l’arrière ! Bien utile pour faire passer la puissance au sol.

On reste là dessus, il va manger, je fais plein de photos de partout en profitant qu’il n’y ait plus personne. D’ailleurs, c’est vrai ça, ils sont où ??  Dans une salle du château attenant au circuit où ils se régalent avec un bon repas traiteur. Le temps que je réalise que mon badge Presse me donne accès au dit repas, j’arrive tout pile pour le dessert et je m’installe où il reste de la place … juste à côté de mon nouveau meilleur ami ! L’occasion de discuter encore un peu bagnoles, rallyes etc … et se réjouir que l’événement ait pu être maintenu malgré les difficultés actuelles.

… qui sait attendre.

Après avoir fait un shooting d’une montre pour Rémy d’AutomotivPress, je cours retrouver mon pilote. Il ne s’agirait pas qu’il parte sans moi.

  • Je fais 5 tours avec la demoiselle puis ce sera à toi.
  • Génial Merci, je vais en bord de piste faire des photos alors !

Me voilà donc à courir partout, en essayant de pas glisser/me casser la figure sur l’herbe détrempée, pour multiplier les points de vue en un minimum de temps. 5 tours ça passe très vite !

Les conditions météos ? Idéales !

Ce qui n’empêche pas Lucas de chatouiller les vibreurs !

Le dessin des jantes est vraiment très caractéristique !

Retour au paddock : « Viens boire un coup avec nous !’ » La convivialité est vraiment très agréable. C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce Mornay Festival avec un bel esprit de partage, de passion, en toute simplicité … « Bon allez, on va rouler. » Installation dans les baquets, réglage des harnais et c’est parti. Enfin presque. Le commissaire posté à l’entrée de la piste nous indique que la journée est terminée ! Voilà, je suis monté à bord d’une authentique voiture de course… pendant 50m dans le paddock ! 

Si près du but …

En route !

Enfin ça, c’était sans compter sur la détermination de mon pilote. Après quelques échanges, c’est la délivrance.  » Allez-y c’est bon pour 5 tours !! »  GAZZZZZZZZZZZ ! 

C’était moins une mais j’aurai bien droit à mes quelques tours de manège !

Même juste « pour le fun » la conduite sur circuit exige toujours une certaine concentration !

Mes impressions ? Ça pousse, bien mais pas trop. La Lotus Exige V6 d’ un ami est bien plus impressionnante, de même qu’une Ferrari 458 Italia dans laquelle j’étais monté lors d’un Sport & Collection. Enfin, c’est quand même pas mon Speedy atmo !

 Et puis il est fort probable que vu les conditions il en ai gardé sous le pied. Par contre ça freine plutôt bien – voire même très bien ! – et surtout c’est collé au sol, même sur cette piste détrempée ! Avec des pneus pluie rodés et chauds, aucun mouvement de caisse si ce n’est l’arrière un peu léger au freinage de l’épingle après la chicane. Ceux qui y ont déjà roulé comprendront. A l’accélération par contre, ça motrice bien et ça ne sous-vire pas. Je ne sais pas ce que ça donne au chrono mais le pilotage était propre même s’il devait éviter certaines cordes à cause des flaques.

Faire des photos sous la pluie avec un masque, quelle misère lorsqu’on porte des lunettes !! Mais la buée s’invite aussi dans les voitures !

Mais au final, je ne retiendrai rien de tout ça. Je me souviendrai surtout du bruit ! Le moteur a beau être à l’avant, l’intérieur vidé fait caisse de résonnance et il y a du bruit partout !! Ce n’est pas musical – on ne parle pas de la mélodie d’un V12 là – mais ça gronde bien fort, le turbo souffle et fait pschiit, puis l’échappement explose. Rien à voir avec les petits « pétéradages » d’un pot d’échappement tuning ! Bref, cette ambiance course est vraiment topissime. S’il n’y avait pas toute la logistique associée, ça donne envie d’avoir ce genre de jouet pour ne pas faire mal au Speedy sur piste ! Et pis c’est une vraie, une originale, qui a vraiment participé au championnat à l’époque ! Pas évident à expliquer mais ce n’est pas « juste » une Ferrari ou une Lamborghini, c’est une vraie voiture de course ! 

La préparation va un peu plus loin que la déco extérieure …

Tout le superflu a été supprimé. Du coup à l’arrière il ne reste … rien !

J’enlève mon casque et je remercie chaleureusement Lucas. C’était vraiment bon et ça compense largement le froid, la pluie, la galère du matin, la buée dans les lunettes, les photos floues à cause des gouttes … Un vrai bon moment de partage ! Et pour que vous puissiez en profiter un peu, voici une vidéo lors d’une session le samedi soir. Il ne vous aura pas échappé que la météo était bien plus clémente !

L’Europa Cup en quelques mots

L’Europa Cup a été créée par Renault afin de promouvoir certains de ces modèles sportifs. Initiée par la R5 Turbo de ’81 à ’84, c’est l’Alpine GTA qui pris le relais de ’85 à ’88. Face à l’échec commercial de cette dernière, c’est la Renault 21 Turbo, nouvelle référence sportive chez les berlines françaises, qui lui succèdera à partir de ’89.

Publicité d’époque ! © Vive Le Sport – R21 Turbo

La caisse est vidée, reçoit un arceau, un turbo plus gros et quelques améliorations sur le moteur. Résultats : -250 kg / + 125 ch par rapport au modèle de série. Côté comportement routier, le test d’époque de Jean-Pierre Jabouille est assez similaire à mon ressenti : une voiture collée au sol, qui motrice très bien – merci le différentiel mécanique, les roues de 17 pouces et les pneus slicks – et dont l’arrière peu légèrement enrouler au freinage en fonction des réglages. Avec une assistance de direction et de freinage, elle est finalement assez docile à emmener. Par contre, il faudra être très propre pour aller vite, ce qui tranche avec les spectaculaires Alpine, propulsion et moteur arrière ! Pourtant, sur le circuit de Nogaro la nouvelle se révèle bien plus rapide.

Finalement, il n’y aura que 2 saisons en ’89 et ’90. Une décision « financière » qui fit grincer quelques dents côté pilotes car il s’agit essentiellement de Gentlemen Drivers qui avaient parfois investi leurs propres fonds dans l’achat de l’auto. Et comme elle n’était homologuée pour aucun autre championnat … difficile à revendre en fin de saison ! Sur les 52 exemplaires produits, environ une vingtaine serait encore en état aujourd’hui.

En ’90 aux mains de Gildo Pastor à Imola en ouverture du GP de F1 © Vive Le Sport – R21 Turbo
La verte #44 partage aujourd’hui le même garage que notre belle #35. De quoi reproduire les bagarres d’antan ? © Vive Le Sport – R21 Turbo

Concernant cet exemplaire en particulier, il s’agit du châssis R21-4 1088. Vraisemblablement pilotée par Christophe Babin en ’89, elle fut achetée par Gildo Pastor qui couru avec en ’90. C’est à ce dernier que Laurent & Lucas l’ont racheté il y a quelques années.

Déco saison ’89 © Vive Le Sport – R21 Turbo

J’en profite pour remercier Lyndon Pritchard et sa page Vive Le Sport – R21 Turbo pour les très nombreuses archives concernant cette discipline qui m’ont permit de vous fournir ces quelques informations.

@ bientôt pour de nouvelles Aventures Automobiles !

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8 Comments

  1. Avatar
    Dominique Chipotte
    6 octobre 2020
    Reply

    ex Gildo Pastor ? çà vient donc de la R21 l’effet venturi ???

    • Avatar
      Sylvain
      6 octobre 2020
      Reply

      Hey pas bête ! La R21 Turbo fait pschiiiiit … comme Venturi non ? 😇

  2. Avatar
    Casimir
    6 octobre 2020
    Reply

    Quand un passionné rencontre un passionné, ça donne un article passionnant.🤩 Et très bien détaillé 👏 Les voitures de course, les vraies, ca donne des frissons magiques. Côté photos, tu aurais pu bénéficier d’une meilleure lumière/météo mais au contraire la pluie, et l’eau en suspension bien captées leur donne un côté encore plus spectaculaire 😍👍

    • Avatar
      Sylvain
      6 octobre 2020
      Reply

      Merci Casimir 🙂 Mais tu sais, pour l’eau en suspension, il suffit qu’il ai suffisamment plu avant les photos, pas forcément pendant. 😅 Néanmoins c’était très intéressant comme expérience photo. 😉 Note pour la prochaine fois : bien garder un paquet de mouchoirs secs pour sécher régulièrement la lentille de l’objectif, la chiffonnette à lunettes ça devient vite humide et donc … inefficace ! 😡

  3. Avatar
    The Maxque.
    7 octobre 2020
    Reply

    La R21 GTS ! Un avant goût de cette R21 Turbo Europa Cup , n’est
    ce pas Sylvain ? Très sympa ton article et tes photos.

    • Avatar
      Sylvain
      7 octobre 2020
      Reply

      Je me suis tout de suite senti à l’aise dans cette R21, certainement des souvenirs d’enfance tu as raison ! 😉 Bien que dans je ne sois pas souvent monté à l’avant et j’avais encore un réhausseur ! 😀

  4. Avatar
    Coucaud Gilles
    20 janvier 2021
    Reply

    J ai hâte de remettre la mienne sur les circuit, c est vraiment que c est une super machine à sensation, on ne s en lasse pas

    • Avatar
      Sylvain
      20 janvier 2021
      Reply

      Génial, un autre propriétaire !! 🙂 De quelle couleur est la votre ? Au plaisir de se croiser 😉

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